Je vis un moment assez étrange aujourd’hui.
Un client de longue date me contacte. Une collaboration de confiance, construite au fil des années. Des milliers de pages rédigées pour lui et je n’exagère pas.
Sa demande ?
Participer à la création d’une plateforme qui permettra à ses propres clients de produire des textes… comme le ferait un copywriter. Sans avoir besoin d’un copywriter.
Deux phrases m’interpellent.
La première : “Notre agent IA a été nourri avec tous les contenus que vous avez écrits pour nous. Vu la qualité de votre travail, nous sommes certains qu’il produira du contenu intéressant.”
Merci… je suppose.
La seconde : “L’objectif est évidemment d’arrêter progressivement de faire appel à vous. Vous coûtez trop cher.”
Et là, je réalise quelque chose d’assez surréaliste.
On me demande, très sereinement, de scier moi-même une des branches sur lesquelles je suis assis. Curieuse époque…
Mais surtout, cette expérience soulève chez moi plusieurs questions :
* Tous ceux qui se proclament experts en intelligence artificielle le sont-ils vraiment ? Ou sommes-nous entourés d’apprentis sorciers qui utilisent des outils qu’ils ne comprennent pas réellement, en espérant que les concepteurs aient pensé à tout ?
* Voulons-nous réellement vivre dans un monde où produire beaucoup et vite devient plus important que comprendre pourquoi l’on écrit ? Parce qu’écrire n’a jamais été une simple question de volume.
* Sommes-nous prêts à nous appauvrir intellectuellement ? J’écris depuis des décennies. Oui, l’IA m’aide. Mais j’observe aussi que son rapport à la langue ressemble souvent à l’utilisation des 800 mots les plus courants… là où un texte puissant exige parfois le mot juste, celui qui provoque une émotion ou une réflexion.
* Que devient la fierté du travail bien fait ? Aujourd’hui encore, je prends plaisir à construire une phrase élégante. À chercher le bon rythme.
À glisser un mot inattendu. À structurer un raisonnement qui emmène le lecteur exactement là où il doit aller. Allons-nous sacrifier cette exigence sur l’autel d’une performance que l’on croit supérieure… mais qui ne l’est pas forcément ?
* Que transmettons-nous à ceux qui viennent après nous ? J’utilise l’intelligence artificielle tous les jours. Mon illustration en est la preuve évidente (mais je sais aussi à quel point elle n’est pas à la hauteur de ce que fera pour moi un graphiste lorsque j’aurai un travail important, pas un post sur un réseau social). Et je suis sincèrement fasciné par ce qu’elle permet.
Mais je ne suis pas convaincu d’avoir envie de transmettre à mon petit-fils un monde où l’humain renonce progressivement à réfléchir, ressentir, créer et choisir.
Au fond, ma vraie question est peut-être celle-ci : à force de vouloir gagner du temps… sommes-nous en train d’oublier ce qui fait précisément notre valeur ?
Personnellement, je continue à croire que l’intelligence artificielle doit rester ce qu’elle est : Un outil. Pas un substitut à l’intelligence humaine.


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