Cela fait un bout de temps que je ne suis plus venu vous parler de ma vision du copywriting et, plus largement, d’une communication qui cherche à toucher, émouvoir…
Me voici avec cette envie de citer Georges Orwell : « On commence par perdre les mots, on finit par perdre le pouvoir ». Dans « 1984 », il induit le concept de novlangue ; la langue y devient un outil de domination politique.
Pour faire bref, en appauvrissant la langue, on limite notre capacité de penser, mais surtout notre aptitude à exprimer un sentiment. Je ne dis pas que l’intelligence artificielle tend à réduire notre capacité de nous exprimer, mais la paresse humaine pourrait se charger à elle seule de le faire. Nous réduisons notre vocabulaire. Il n’est pas une semaine où l’on ne peut lire dans la presse que le niveau de connaissance est en chute libre.
Parce que l’on se contente de ce que nous sert l’intelligence artificielle, on voit, chaque jour, des mots disparaître. Adjectifs, verbes, synonymes sont relégués à quelques énergumènes qui entendent sublimer leur langue. Orwell parlait de « tailler le langage jusqu’à l’os ». C’est ce que l’on fait quand on n’utilise plus que les mots suggérés par Google et que l’on ne creuse plus pour savoir si notre discours répond à nos idées.
Avec le temps, certains concepts ne pourront plus être formulés. Et je ne vous parle pas d’un grand complot. Par facilité, nous exterminons certains mots de notre langage et, avec eux, annihilons des concepts. Conséquence ? Ce qui ne peut être formulé devient impensable.
En d’autres termes, moins de mots, c’est moins de capacité de critiquer ce que l’on nous impose. On remet moins en question des décisions prises à notre place parce que nous n’avons plus les mots pour le faire.
Avec le temps, le foisonnement de notre langue sera remplacé par ce qu’Orwell appelait les mots couverture, ces mots génériques qui effacent les nuances pour rendre la réalité insipide.
Au final, et avec de tristes sires comme Trump, on peut réellement s’inquiéter, nous perdons notre capacité d’analyser, de questionner et de nous questionner, mais aussi de comprendre ce qui nous arrive. Quand le locataire de la Maison-Blanche va-t-il demander aux « gestionnaires » de l’Intelligence artificielle de supprimer certains mots qui le dérangent (et eux de le faire pour rester dans les bonnes grâces du pouvoir) ?
Lorsque j’ai créé Des Idées Aux Mots, il y a presque 20 ans, ma passion était de transmettre aux entreprises la capacité d’exprimer pleinement ce qui faisait leur essence. Aujourd’hui, je me rends compte que ce n’est plus le « but ultime », mais que l’on doit se conformer à ce que les algorithmes nous imposent pour simplement espérer être présents.
Un dernier conseil ? Foncez dans une librairie et achetez « 1984 ». Ah oui, c’est ce même Georges Orwell qui, dans un recueil de textes, posait une question pour laquelle je serais ravi de lire votre réponse : « Sommes-nous ce que nous lisons ? »


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